Les déficits cachés de la France

LES DEFICITS CACHES DE LA FRANCE

PETIT DEJEUNER DEBAT

JEAN LOUIS LEVET

Mardi 18 Octobre 2012

 

Compte Rendu (Extraits) effectué par

Marion FILLAT et Mathilde WINTER

Etudiantes ATOGE


En présence de Jean louis LEVET, économiste et directeur général l'institut de recherches économiques et sociales nous recevait pour un petit déjeuner débat sur « Les déficits cachés de la France ».

Cette rencontre s'est déroulée en deux temps. Tout d'abord, M. Levet a exposé son point de vue quant à la problématique concernant les déficits cachés de la France. Puis, les participants à ce débat ont pu lui poser leurs questions.

Lorsque M. Levet s'interroge sur les véritables problèmes de l'économie française, il distingue alors trois conceptions de la crise actuelle.

Une première approche consiste à la percevoir comme seulement provisoire. Au travers des mécanismes de capitalisation des banques, de mutualisation de celles-ci et de privation par l'état des bénéfices, la situation se redressa. Le G20, lui, n'approuve pas cette conception en doutant de cette dimension provisoire de la crise. Il y aurait alors un véritable défit de régulation financière, énergétique et alimentaire. La coopération internationale serait alors la clé. Une troisième vision interprète cette crise mondiale et structurelle comme inédite présentant un fort cumul de défis. Il est alors question de miser sur une croissance durable à travers un nouveau modèle économique. 


Les états ne répondent pas de la même façon à cette crise.

En ce qui concerne les Etats-Unis, la cause de la crise peut s'expliquer par le processus de désindustrialisation qui apparaît dans les années soixante dix. De plus, les Etats-Unis ont pu profiter du marché chinois pour délocaliser les entreprises ce qui a occasionné une perte de dix millions d'emplois. Cette délocalisation a également entraîné la création d'emplois  dans des secteurs à plus faible valeur ajoutée ce qui a fortement nuit au pouvoir d'achat. Pour palier à ce problème, les gouvernements décident donc de relancer la consommation grâce à des prêts, mais cela va aboutir à un surendettement des ménages.

La Chine s'oriente davantage vers un capitalisme de l'investissement du travail, de l'effort en changeant de stratégie. Elle devient performante dans tous les secteurs industriels et dans toutes les activités de service au dépend du secteur agricole. De plus, avec pour objectif de devenir une grande puissance, la Chine joue un rôle important dans la division internationale du travail. Cependant, deux problèmes se posent : celui de la stabilité sociale et celui du coût de la main d'œuvre qui augmente.  Enfin le problème des inégalités sociales persiste. 

L'Union Européenne va perdre en compétitivité en abandonnant la velléité d'investir massivement. L'enjeu qui se pose actuellement est donc de parvenir à répondre d'une part à la crise de la dette publique et d'autre part à l'hétérogénéité de ces spécialisations industrielles.

La zone européenne se découpe en deux. Alors que les pays du Nord sont fortement industrialisés et investissent considérablement dans la recherche, les pays du Sud, comme en Grèce ou au Portugal, ont une très faible valeur ajoutée notamment due à la création d'emplois précaires.


Pour ce qui est de la situation en France, on assiste à une série de déficits dans les domaines suivant : commercial, innovation, budgétaire, entreprises moyennes. Comment y remédier ?

C'est pourquoi M. LEVET énonce trois déficits profonds.

Le déficit de prospective impose une réflexion sur le travail collectif vis-à-vis des projets de long terme. Une suraccumulation des rapports de prospectives aujourd'hui induisent de lourds enjeux. La France peine à penser l'avenir.

Le déficit de la culture de la stratégie Pose un véritable problème pour l'économie française. Les années deux mille ont révolutionné le monde industriel avec l'entreprise sans usine, qui se centre davantage sur la recherche et le design. C'est pourquoi la France a effectué de nombreuses délocalisations, souvent pas suffisamment réfléchies, à la différence de l'Allemagne qui est parvenue à délocaliser intelligemment. Les investissements se sont alors progressivement détournés de la France, réduisant de ce fait le poids de son industrie. L'état français ne possède plus de véritable vision de son développement.

Enfin, le déficit de l'évaluation des politiques publiques réfère à la culture du contrôle en France.  La cour des comptes ou même l'inspection des finances en sont la preuve. La France a cette capacité à d'abord se concentrer sur ce qui ne fonctionne pas correctement avant de constater le positif.

Le pays est alors dans une logique d'adaptation et non pas d'anticipation. Il s'adapte à la stratégie des autres pays au lieu de maitriser sa propre insertion.

L'avenir est dans l'homme, donc comment le placer plus au cœur de l'entreprise ?

Dès lors que l'on ne s'intéresse plus à l'être humain, on produit du contrôle. Il faut donc jouer sur le long terme et sur les compétences. La culture du résultat permet de répondre à une logique de performance financière, il n'y a pas d'idéologie de la transparence. De plus, le problème de la transmission de l'information se pose avec de moins en moins de stratèges et de plus en plus de financiers à la tête des grands groupes.  Il existe également un problème de renouvellement des élites qui sont toujours formés dans les mêmes écoles. Enfin, il n'y a que des leaders étrangers qui semblent sollicités et des problèmes de stabilité de la structure actionnariale des entreprises persistent. 

Quel est votre regard sur la convergence France-Allemagne ?

Dans les années quatre-vingt, le modèle était le japon. Les français ont préféré la robotisation  à l'humain ce qui a engendré de grosses pertes au niveau du savoir faire. Dans les années quatre-vingt dix, le modèle américain est pris en exemple. Nous n'avons pas la Silicon Valley mais la financiarisation. Aujourd'hui c'est davantage le modèle allemand. Il n'est plus question de problèmes de convergence mais de problèmes de soumission à un système.  Or ce n'est pas converger que de faire pareil. Comment rapprocher nos cultures productives ? Comment se fixer ensemble des objectifs pour l'union européenne dans les années à venir ? Aujourd'hui l'Allemagne a une vision juste de ce qu'il faut faire : être solidaire avec les pays du sud. Il faut donc faire des choix, sur les cinq années à venir, pour cela, deux solutions peuvent être envisageables. L'éclatement de la zone euro ou une Europe davantage fédérale et plus solidaire.

Ne serions-nous pas en train d'assister à la mort des vieilles démocraties ?

Nous assistons aujourd'hui à une multiplication massive des démocraties. La chine va d'ailleurs devoir introduire des mécanismes démocratiques pour agir sur les tensions sociales. Il lui faudrait construire un état providence avec des organisations syndicales ainsi que des lois contre la contrefaçon. La Russie, quant à elle, n'a aucune culture démocratique, ce qui est particulièrement problématique. Avec les révoltes arabes, les choses évoluent excepté en Russie et en Afrique noire. Des systèmes autoritaires, ce qui implique des enjeux considérables.